BP a évalué 70 composants, produit 400 échantillons pilotes et testé 200 mélanges dans le groupe propulseur Audi avant la saison 2026 : derrière l’expression « carburant durable » se cache désormais une véritable course de développement.
Photo de couverture : Gabriel Bortoleto au volant de l’Audi R26 pendant les qualifications du Grand Prix de Chine, le 14 mars 2026. Photo d’archive ; elle ne montre pas les essais de carburant menés en laboratoire. © Liauzh / Wikimedia Commons — CC BY 4.0. Recadrage central fidèle, redimensionnement et compression WebP ; aucune retouche du sujet.
Le volume de travail communiqué par Formula 1 donne une mesure concrète du défi. BP a également livré 240 000 litres de carburant d’essai au site moteur d’Audi à Neuburg. Ces chiffres décrivent une phase de développement, pas la quantité utilisée pendant un week-end de Grand Prix ni une promesse directe de performance en piste.
Repartir presque de zéro sans composants fossiles
Depuis 2026, le règlement impose des carburants durables avancés élaborés à partir de sources telles que le carbone capté, les déchets municipaux et la biomasse non alimentaire. La Formule 1 précise qu’aucun composant ne provient du pétrole brut et que la chaîne de production doit respecter des critères de durabilité certifiés.
Pour les chimistes, cette contrainte a supprimé une grande partie des composants fossiles dont le comportement était connu depuis des années. Luc Jolly, responsable technique des fluides compétition chez BP, explique que son équipe a dû déterminer quelles molécules convenaient au nouveau moteur Audi, puis trouver comment obtenir ces propriétés par des voies compatibles avec le règlement.
Le carburant est dit « drop-in » : il doit pouvoir remplacer son équivalent fossile sans imposer une architecture de moteur différente. Cela ne signifie pas que tous les mélanges sont identiques. Leur densité énergétique, leur comportement à la combustion et les additifs choisis influencent le fonctionnement d’un groupe propulseur conçu autour de marges extrêmement faibles.
Le compromis ne se limite pas à la puissance
La recherche du mélange le plus performant reste encadrée par la fiabilité. Un carburant capable de libérer davantage d’énergie n’apporte rien si les températures ou la combustion réduisent la durée de vie des composants. À l’inverse, conserver trop de marge peut laisser de la performance inutilisée.
Cette équation compte d’autant plus que le nombre de groupes propulseurs utilisables sur une saison est limité. BP décrit donc un objectif d’ingénierie précis : atteindre la fiabilité nécessaire sans surdimensionner la solution, puis continuer à l’optimiser à partir des données reçues en piste.



